Violence au travail: un net recul, mais le retour en présentiel inquiète

En 5 secondes Les conflits interpersonnels et le harcèlement au travail ont reculé de 2019 à 2024, mais ils amorcent une remontée depuis le retour en présentiel, selon une étude dirigée par Alain Marchand.
Selon l'Étude longitudinale de l'Observatoire sur la santé et le mieux-Être au travail, les femmes rapportent une prévalence plus élevée d’être la cible de la mauvaise humeur d’autrui (43,4 %), de subir des impolitesses (37,2 %) et d’être l’objet de violence à caractère sexuel (2,5 %). Les hommes déclarent davantage avoir été impliqués dans des disputes (28,3 %).

Disputes, impolitesses, intimidation, mauvaise humeur chronique dirigée vers les collègues: plus de la moitié des travailleuses et travailleurs sondés déclarent avoir été exposés à au moins une forme de violence dans leur milieu de travail au cours des 12 derniers mois. 

De fait, la violence au travail reste largement répandue malgré une amélioration notable observée pendant les années de pandémie. 

C’est l’un des constats du plus récent rapport de l’Étude longitudinale de l’Observatoire sur la santé et le mieux-être au travail (ELOSMET), qui suit depuis 2019 les mêmes travailleuses et travailleurs répartis dans 98 milieux de travail canadiens. 

«La pandémie a profondément bousculé les milieux de travail, et il aurait été naïf de croire que le retour au bureau s’effectuerait sans friction», résume Alain Marchand, professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et directeur de l’Observatoire. 

Une amélioration réelle, mais fragile 

Entre le premier cycle de l’Étude (2019-2021) et le quatrième (2022-2024), tous les indicateurs de conflits interpersonnels ont reculé de manière significative. La mauvaise humeur dirigée vers autrui a diminué de 11,3 points de pourcentage, l’impolitesse de près de 8 points et le harcèlement psychologique – mesuré par l’intimidation – de 4,6 points. 

Selon Alain Marchand, le télétravail généralisé pendant la pandémie explique en bonne partie cette tendance à la baisse.  

«Quand les gens ne partagent plus les mêmes lieux physiques, les occasions de friction diminuent, mentionne-t-il. Le confinement et le travail hybride ont réduit l’exposition à diverses formes de violence, mais sans nécessairement résoudre les dynamiques qui les alimentent.»  

Selon les données de l’ELOSMET, 68,5 % des personnes interrogées au premier cycle avaient été exposées à au moins un des huit indicateurs de violence au travail. Au cinquième cycle (2023-2025), cette proportion a diminué, mais les situations de violence touchent néanmoins plus de la moitié (58,5 %) des répondants. 

Le retour en présentiel ravive des tensions

Au cinquième cycle, plusieurs indicateurs qui avaient amorcé une descente semblent repartir à la hausse: la mauvaise humeur dirigée vers les collègues, les disputes et l’intimidation montrent des signes de remontée tant chez les hommes que chez les femmes, ce qui coïncide avec l’intensification du retour en présentiel. 

«Retrouver son milieu de travail et ses collègues ne se fait pas sans heurts, avait prévu Alain Marchand dès 2022. Et cette étude commencée avant la pandémie a l’avantage d’observer les effets de changements majeurs dans les habitudes de travail.» 

Les gains réalisés entre 2019 et 2024 ne sont pas pour autant effacés, mais la légère recrudescence relevée mérite une attention soutenue, selon le professeur. «La hausse des conflits interpersonnels et du harcèlement au travail demeure très inquiétante», insiste Alain Marchand.  

Des profils distincts selon le genre 

Les plus récentes données de l’Étude indiquent que les femmes sont davantage exposées à certaines formes de violence que les hommes.  

Elles rapportent être plus souvent la cible de la mauvaise humeur d’autrui (43,4 %), subir des impolitesses (37,2 %) et être l’objet de violence à caractère sexuel (2,5 %). Les hommes déclarent plutôt avoir été impliqués dans des disputes (28,3 %). 

Au cinquième cycle, la mauvaise humeur subie, les disputes et le fait d’être blâmé sont également en hausse chez les hommes. Chez les femmes, c’est plutôt la mauvaise humeur subie et l’intimidation qui progressent.  

«Les travailleuses et les travailleurs ne sont pas exposés aux mêmes formes de violence, ce qui commande des stratégies de prévention adaptées à ces réalités différentes», dit Alain Marchand. 

Les résultats relatifs aux femmes étaient globalement de 6 à 7 points de pourcentage supérieurs par rapport aux hommes – un écart persistant qui confirme que le genre demeure une variable centrale dans la compréhension des risques psychosociaux. 

Un levier pour la prévention 

La modernisation du régime de santé et sécurité du travail québécois, qui reconnaît désormais les risques psychosociaux, ouvre la voie à des interventions plus structurées, et Alain Marchand y voit un levier important. 

«La reconnaissance des risques psychosociaux dans le cadre légal est une avancée majeure, conclut-il. Elle devrait inciter les employeurs à ne pas attendre que les problèmes s’installent et à agir en amont.» 

L’ELOSMET se poursuivra jusqu’à un sixième cycle, ce qui permettra de vérifier si la remontée observée se confirme. En attendant, les chercheurs et chercheuses de l’Observatoire rappellent que des pratiques de gestion favorisant la communication, le respect et la conciliation travail-famille peuvent significativement réduire l’exposition à ces comportements délétères.

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