Disputes, impolitesses, intimidation, mauvaise humeur chronique dirigée vers les collègues: plus de la moitié des travailleuses et travailleurs sondés déclarent avoir été exposés à au moins une forme de violence dans leur milieu de travail au cours des 12 derniers mois.
De fait, la violence au travail reste largement répandue malgré une amélioration notable observée pendant les années de pandémie.
C’est l’un des constats du plus récent rapport de l’Étude longitudinale de l’Observatoire sur la santé et le mieux-être au travail (ELOSMET), qui suit depuis 2019 les mêmes travailleuses et travailleurs répartis dans 98 milieux de travail canadiens.
«La pandémie a profondément bousculé les milieux de travail, et il aurait été naïf de croire que le retour au bureau s’effectuerait sans friction», résume Alain Marchand, professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et directeur de l’Observatoire.
Une amélioration réelle, mais fragile
Entre le premier cycle de l’Étude (2019-2021) et le quatrième (2022-2024), tous les indicateurs de conflits interpersonnels ont reculé de manière significative. La mauvaise humeur dirigée vers autrui a diminué de 11,3 points de pourcentage, l’impolitesse de près de 8 points et le harcèlement psychologique – mesuré par l’intimidation – de 4,6 points.
Selon Alain Marchand, le télétravail généralisé pendant la pandémie explique en bonne partie cette tendance à la baisse.
«Quand les gens ne partagent plus les mêmes lieux physiques, les occasions de friction diminuent, mentionne-t-il. Le confinement et le travail hybride ont réduit l’exposition à diverses formes de violence, mais sans nécessairement résoudre les dynamiques qui les alimentent.»
Selon les données de l’ELOSMET, 68,5 % des personnes interrogées au premier cycle avaient été exposées à au moins un des huit indicateurs de violence au travail. Au cinquième cycle (2023-2025), cette proportion a diminué, mais les situations de violence touchent néanmoins plus de la moitié (58,5 %) des répondants.